LE LAPIN

GÉNÉRALITÉS

Le lapin sauvage qui gambade dans les prairies et les champs n’a pas d'autre histoire que les ravages causés par l’espèce. Lapin de garenne, tel est son nom. Garenne est dérivé du mot germanique : Waren, qui signifie : interdiction et désigne les « réserves » de chasse des seigneurs de l’époque médiévale. Le lapin sauvage habite les campagnes découvertes. Il y creuse des terriers aux multiples couloirs, avec des sorties de secours dont le diamètre peut atteindre trente centimètres. Un simple trou sert d’habitat. Grand dévastateur, il ravage les récoltes et se nourrit des écorces des arbres et des jeunes pousses tendres. Comme il pullule dans de nombreuses régions, il y constitue un fléau, mais la Nature, grande régulatrice, lui a donné beaucoup d'ennemis, non seulement l’Homme, mais encore divers animaux : corbeaux, corneilles, hiboux, rats, renards et chats. Le lapin prolifique qui envahit nos clapiers dès l'époque de la Renaissance, élevé et domestiqué par l’Homme, a donné naissance à différentes races. En France, on en compte plus de cent qui proviennent de croisements et de mutations. Le lapin nain ne sert pas seulement à l'alimentation humaine. Son rôle n'est pas toujours de terminer transformé en une succulente gibelotte ! Il sert aussi à l'expérimentation médicale. En 1851, Claude Bernard réalisa son expérience sur les nerfs vaso-moteurs en immolant un lapin ! Enfin, il égaie nos maisons où il occupe une place de choix parmi nos animaux familiers. L’« Oryctolagus cuniculus », tel est le nom barbare que la Science a attribué au lapin, appartient à la famille des Léporidés et à l’ordre des Lagomorphes. Le lapin domestique a de longues oreilles. Chez le « Bélier », une des innombrables variétés, les oreilles peuvent atteindre trente centimètres. La tête, entraînée par le poids des oreilles, est courbée en avant, si bien que l’animal semble bossu ! Les yeux sont caractérisés par leur proéminence. Ils sont placés de côté sur la tête. On y rencontre toutes les tonalités : brun noisette, havane, bleu, rouge, noir. Sous le menton, sont placées des glandes qui sécrètent une substance permettant à l'animal d’étabiir les limites de son territoire. Les membres postérieurs, plus forts que les antérieurs, lui donnent sa rapidité à la course. Une race a la croupe si développée que la silhouette du lapin a alors la forme dite « mandoline ». La patte est recouverte d’une épaisse fourrure qui remplace les pelotes digitales et permet l’adhérence au sol. La queue est courte, exception faite de certaines variétés. La fourrure comporte trois parties dont le sous-poil qui adhère à la peau. Les poils y sont fins et denses. Au travers, poussent les poils nettement plus longs, mêlés à une troisième variété, encore plus longue. En hiver, pour protéger l’animal des intempéries, cette fourrure devient plus épaisse. Certaines espèces ont un corps plus allongé, mais la longueur moyenne est d’environ quarante centimètres. Le mâle est plus grand que la femelle. Le lapin pèse en moyenne de deux à trois kilos. Une variété, le « géant des Flandres », peut atteindre huit kilos !

VARIÉTÉS :

Les normes établies par les éleveurs ont divisé les races en trois groupes principaux :

LES PETITES RACES.

L’angora : C’est, sans conteste, une des plus belles variétés. La fourrure aux longs poils blancs est soyeuse. L’œil rose et brillant ressort dans cette blancheur. Aux U.S.A., des millions d'animaux de cette race sont vendus comme animaux familiers. Le chinchilla : Cet animal long et racé, à l’ossature fine, porte un pelage d’un camaïeu gris et d’une texture splendide. Cette race est élevée pour sa fourrure très recherchée. Le havane : A l’allure fine. Le pelage est d’un brun chocolat, de la nuance havane. Môme les yeux sont havane ! L’Alaska : Cette race a la silhouette trapue, une robe noire et lustrée, l’œil brun. Le Hollandais : Les poils de ce lapin ont des nuances plus variées : havane, jaune-noir, brun foncé. Les teintes se mêlent entre elles. Les tonalités les plus courantes sont le noir et le blanc. Le zibeline : D’un brun zibeline, comme son nom l’indique, avec le sous-poil de la tonalité chamois, la fourrure de ce lapin est soyeuse. L’œil est d'un rouge feu. L’argenté : Est de petite taille. Le pelage est bleu, gris ou fauve. Le sous-poil est d'une nuance rosée. L’œil est foncé.

LES RACES MOYENNES.

L’argenté de Champagne : A une forme cylindrique et une tête volumineuse où les oreilles sont droites. Cet animal très résistant et qui supporte allègrement le froid est recouvert d’une fourrure argentée. Le rex : A une silhouette râblée, une croupe arrondie et le train arrière assez fort. Le pelage est marron et, sur le dos, une ligne de poils plus foncés donne à l’animal un peu l’allure du castor, ce qui le fait surnommer dans le langage vulgaire : Castorrex. Le bleu de Vienne : Cette variété atteint le poids respectable de cinq livres. La silhouette est cylindrique, le pelage d'un bleu sombre. L’œil aussi est bleu. Le bleu de Beveren : Le développement de la croupe donne à cette variété la forme « mandoline ». La fourrure d’un bleu clair fait ressortir la nuance plus foncée de l’œil.

LES GRANDES RACES.

Le géant des Flandres : Ce lapin est le plus lourd des lapins, il pèse couramment huit kilos. Par la longueur, il dépasse tous les aufres : plus d’un mètre ! Le papillon français : Le papillon ressemble au lièvre, par le développement des pattes de derrière. Le pelage est blanc, tacheté de noir. Les éleveurs apprécient particulièrement cette race très prolifique. La sélection a créé de multiples variétés. Ces hybrides n’ont d’ailleurs pas de ressemblance avec leurs ancêtres. Le tout dernier-né est le lapin nain, au pelage bleu ou zibeline, sylver, fox, blanc ou noir. Cet animal miniature, qui ne pèse que 700 grammes, s’apprivoise très facilement.

COMMENT ACHETER UN LAPIN ?

Il faut le choisir jeune, entre deux mois et un an. Le pelage doit être brillant, l’œil vif, l’oreille dressée et saine.

HABITAT

A la campagne, le lapin vit dans un pré, en semi-liberté, soit dans des cases, formant un clapier. Il doit être bien logé. Pour l’animal d'appartement, une simple caisse peut suffire à laquelle on adjoint un grillage. Quant aux marchands spécialisés, ils vendent d’excellents clapiers. — Les cages en bois présentent un certain inconvénient, car les lapins qui sont des rongeurs peuvent s’échapper et on a bien du mai à rattraper un lapin en liberté ! — Les cages en grillage conviennent pour l'élevage intérieur. Placées à l'extérieur, elles exposeraient les animaux aux intempéries. — Quant aux cages en ciment, le fond doit en être surélevé au moyen d’un grillage pour que la litière demeure bien sèche. Une cage doit être de dimensions suffisantes : 1 m X o,80 pour une lapine et sa nichée. Dans les clapiers, à la campagne, le sol est recouvert d’une litière de paille, de blé, de bruyère ou de fougère sèche. Cette litière est renouvelée toutes les semaines. Pour une cage dans un appartement, de vieux journaux feront l’affaire. La cage doit comporter : — un râtelier pour le fourrage et l’herbe ; — une mangeoire pour les céréales. Les mangeoires et abreuvoirs doivent être fixés assez haut pour éviter que les lapins ne les salissent. Hygiène : Une des premières règles à observer est l’hygiène de la cage. Un nettoyage fréquent est nécessaire pour éviter que l’animal n'attrape au contact du fumier et des détritus alimentaires la cocci- diose, sur laquelle nous reviendrons plus loin. Des produits à base d’ammonium quaternaire sont spécialement conçus pour la désinfection. Lumière : Le lapin craint les rayons du soleil mais il a besoin cependant de lumière. La cage doit être bien exposée.

ALIMENTATION

Le lapin est un herbivore. Il n’est pas difficile. Son appareil digestif lui permet d’absorber des quantités incroyables de nourriture. Il est constitué de telle façon que toute matière nutritive peut être utilisée. Il récupère d’ailleurs même ses excréments en les mangeant frais, car ils contiennent de la vitamine du groupe B. Il mange peu à la fois mais continuellement, le jour, la nuit. Les aliments doivent lui être distribués de façon régulière. En liberté, le lapin consomme d'énormes quantités de verdure et d’herbes séchées, des graines, des semences, des légumes. Le lapin peut vivre seulement d'herbe mais sa croissance en sera ralentie. Ses menus comporteront : — des légumes : carottes, choux, feuilles de rutabagas ; — des fourrages : trèfle et luzerne, foin ; — des branches avec leurs feuilles. Des aliments spéciaux contenant les éléments indispensables à la croissance du lapin sont vendus dans le commerce. Ils sont beaucoup plus pratiques, car ils se conservent plus longtemps, sont plus faciles à distribuer et ils ne contiennent pas de parasites : leur prix est assez modique. Le lapin risquant de renverser les aliments, les pots de faïence ou en terre sont préférables. La boisson peut être versée dans un pot de verre inséré dans un panier en fil de fer. On trouve ce récipient chez les marchands. Le lapin mange la nuit, surtout lorsque le temps est chaud.

LA REPRODUCTION

Le lapin est un animal essentiellement prolifique. Le mâle étant polygame, dans les grands élevages, il est mieux de séparer les deux sexes. Chez la lapine, l’ovulation peut être provoquée presque à tout moment par l'accouplement. Il existe bien sûr des cas d’espèce où la lapine malade refuse le mâle. Cette étonnante fécondité fait du lapin un sujet de laboratoire très demandé. Le cycle de la femelle est de quinze à seize jours. On distingue la venue des « chaleurs » par la grande nervosité de l’animal. L’accouplement est plus favorable au printemps. Dans quelques variétés, la femelle n’est pas réceptive durant les mois d’hiver. Si l’on présente une lapine à un mâle, la saillie a lieu presque sur l’heure et, généralement, la femelle est réceptive. On peut alors la remplacer par une autre lapine. La période de gestation est d’un mois environ (28 à 36 jours). Ce schéma peut varier selon les races. La maturité sexuelle diffère, elle aussi, selon les variétés. En principe, la femelle atteint sa maturité vers cinq semaines, le mâle, huit semaines. La rencontre entre les deux sexes n’a pas lieu avant l'âge de cinq mois. Une portée comprend quelquefois neuf lapereaux pesant chacun 30 à 40 grammes. Les petits naissent sourds, aveugles et presque nus. La mère élève sa nichée six à huit semaines. Le sevrage a lieu vers la sixième semaine. Dès ce moment, la femelle peut être à nouveau conduite au mâle. Les laboratoires médicaux prennent les jeunes lapereaux, les séparent de leur mère, procèdent au sevrage, et les élèvent jusqu’à ce qu’ils aient le stade de croissance voulu pour servir de sujets d’expérimentation. Les fausses gestations sont communes chez les lapines. Deux femelles logées dans une même cage peuvent provoquer l'ovulation, surtout si la cage du mâle est voisine. Certaines lapines sont fort mauvaises mères. Elles ne préparent pas de nid, laissent mourir leurs petits. D’autres pratiquent le « cannibalisme » et dévorent tout ou partie de leur nichée.

LES MALADIES

Comme le dit si bien le dicton « mieux vaut prévenir que guérir », la meilleure façon de se prémunir contre la maladie est l'hygiène. L’alimentation, bien sûr, joue son rôle. A. — MALADIES DU LAPEREAU. La coccidiose : Ce mal dû à des parasites microscopiques atteint le foie ou les intestins du jeune animal. La coccidiose Intestinale peut causer de grands ravages et décimer des portées entières. Les animaux qui survivent sont amaigris et retardés dans leur croissance. La diarrhée ou « gros ventre » est un des premiers symptômes. Il ne faut pas confondre la coccidiose avec la météorisation, simple trouble digestif causé par l’absorption d’herbe mouillée. La coccidiose hépatique est plus rare. Cette maladie frappe les animaux âgés de quelques jours. Il convient d’appliquer un traitement préventif anticoccidien. Les entérites et diarrhées : Sont dues à la présence de vers intestinaux. Ces troubles sont traités avec des produits dilués dans l’eau de boisson que prescrira le vétérinaire. B. — LES MALADIES DE LA REPRODUCTION. La syphilis : Il s’agit d'une maladie vénérienne due à un spirochète et qui entraîne des lésions des organes génitaux. C’est un mal très contagieux. Traitement : pénicilline. Les avortements : Sont entraînés par des maladies microbiennes ou des carences. Accourir chez le praticien en cas de complications. La fièvre de lait : L’animal souffre d’une hypocalcémie. Il ne mange plus, les fonctions digestives s’arrêtent, le train arrière est parfois paralysé et l’animal peut présenter des spasmes. Un traitement urgent à base de calcium sera institué. La frigidité - La stérilité : Elles sont dues soit à l'excès de graisse, soit à une avitaminose (principalement de la vitamine E). Elles peuvent provenir aussi de carences minérales. Traitement : Complexes vitaminés et calciques dans l’eau de boisson. C. — LES MALADIES DES LAPINS ADULTES. La myxomatose : Cette maladie causée par un ultra-virus découvert par un biologiste italien a sévi aux Etats-Unis au siècle dernier. Maladie d’ailleurs employée comme une arme pour combattre les lapins dont la pullulation est souvent dévastatrice. La myxomatose a fait sa première apparition en France vers 1952. Les symptômes sont les suivants : on observe chez le lapin une ophtalmie. L’oeil est larmoyant, avec écoulement purulent. En vingt-quatre heures, les paupières gonflent de façon démesurée. Les organes génitaux augmentent de volume et les animaux meurent de cachexie, à moitié aveugles. Traitement préventif : un vaccin lyophilisé. Il n’existe pas de thérapeutique. Pour détruire les moustiques qui véhiculent la maladie, on pulvérise une émulsion insecticide autour des cages. La nécrose des pattes : L’endroit des pattes qui adhère au sol est atteint d’ulcérations. Un pus épais coule et l’animal finit par mourir, car, du fait de l'infection, il contracte souvent la coccidiose. Le coryza - Pasteurellose : Le lapin éternue, il y a écoulement nasal. L’animal doit se reposer. On le met au soleil et on l’alimente avec des produits nutritifs et des carottes. Chez le lapereau que l’on a traité plus haut, la pneumonie peut se déclarer. Il y a écoulement purulent, amaigrissement, perte de l’appétit, la respiration est oppressée. Il faut soigner la maladie selon le degré de gravité : — par des bombes aérosols : contre les éternuements ; — des antibiotiques par injection et voie buccale permettent le traitement de l’écoulement nasal et des complications pulmonaires. La gale des pattes et des oreilles : C’est une maladie provoquée par de petits parasites, les pso- roptes. Le lapin ressent des démangeaisons. La base de l’oreille est couverte de croûtes formant des sortes d’écailles sur la peau. L’intérieur de l’oreille est le premier atteint. On administrera un médicament efficace à base d'insecticide.